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Twingo 2 : comment remplacer un modèle mythique ? [072007]

Chaque mois, l’Equipe automobile de Sorgem réagit à l’actualité automobile.
Pour les constructeurs automobiles, remplacer un véhicule « mythique » est une tâche difficile : comme le disait Barthes de la DS en 1957, la voiture mythique tombe du ciel… et si aujourd’hui, en France, la Twingo première du nom fait effectivement figure de mythe originel, le retard de sa remplaçante indique une gestation difficile : cette procrastination, due en partie aux résultats d’études défavorables, a révélé un constructeur fébrile au moment de décider du sort réservé à Twingo 2.

Pourquoi les mythes automobiles sont-ils si difficiles à remplacer ? Un premier élément de réponse réside dans la spécificité d’un véhicule mythique : par un tour de passe-passe qui ne saurait être réduit à la magie du positionnement, les faiblesses d’un tel véhicule se convertissent dans l’opinion publique en forces ou en sources de bienveillance. En langage client, « ce sont ses faiblesses qui font son charme ». C’est ainsi que la rusticité de la 2CV se transforme en résistance à toute épreuve (« increvable et toujours réparable »), ou que la polyvalence d’usage limitée et le niveau de gamme explicitement bas, deviennent les attributs d’une urbaine ludique et appropriable, signes d’une approche à la fois moderne et distanciée de l’objet automobile.

Face à un tel écart entre les caractéristiques objectives du produit et son investissement par les cibles touchées, le produit peut suivre deux directions : la voie de la catégorie ou la voie du concept.

La succession par la catégorie (i.e le remplacement au sein du même segment de marché) découle, en bonne logique, de la compensation des faiblesses objectives du produit de façon à le rapprocher des attentes clients. Avant d’en faire un nouveau véhicule mythique, tâche irrémédiablement hasardeuse et à même de bloquer toute équipe projet, aussi compétente soit-elle, l’objectif est d’optimiser les bénéfices attendus sur ce segment. C’est selon cette logique que Volkswagen renouvelle sa Golf depuis plus de 30 ans.

A l’opposé, succéder par le concept, c’est s’appuyer sur la perception du produit pour en conserver l’esprit, mais en abandonnant le contexte originel dans lequel cet esprit s’incarnait : soit en s’adressant à une autre cible, soit en changeant de catégorie. C’est la voie suivie par BMW pour la conception de la nouvelle Mini : bien loin des idées clés du concept originel d’Alec Issigonis (optimisation du ratio espace intérieur / encombrement extérieur, consommation réduite – la genèse de la Mini étant intiment liée à la crise du Canal de Suez), c’est l’esprit chic et sportif qui relie la Mini d’aujourd’hui à celle des années 60.

Clairement, la Twingo 2 est un cas de succession par la catégorie. On remplace une petite citadine par une meilleure petite citadine. Pourquoi alors cet accueil réservé ? Toutes les critiques adressées par la presse nationale à la Twingo 2 portent sur la « perte de charme » et l’orientation pas trop fonctionnelle : « on ne reconnaît plus la Twingo », « elle était plus qu’une voiture, elle est devenue une voiture parmi d’autres »… En fait, la Twingo 2 n’est pas une nouvelle Twingo. Renault se serait-il trompé ?
En sacrifiant l’émotion à la fonction, Renault prend acte d’une évolution plus profonde dans la relation à l’automobile. Que le lancement de Twingo 2 intervienne l’année où Toyota –moins réputé pour le charme de ses créations que pour le sérieux de leur conception - devient le premier constructeur mondial, donne du crédit à la stratégie normalisatrice de la marque française.

A travers la Twingo 1, Renault rompait avec la vision de la petite voiture de la fin des années 80. Proposée à un prix d’entrée de gamme, la Twingo propose une habitabilité et une gamme d’usages sans équivalent dans l’offre de l’époque, et aussi (surtout ?) un large spectre d’évocations symboliques (qui va d’ailleurs s’étoffer au fur à mesure de l’évolution de la gamme). La petite voiture n’est plus seulement fonctionnelle et économique, avec Twingo elle a aussi du charme.

Aujourd’hui, alors que tous les véhicules de la catégorie jouent de leur(s) charme(s), et que la Suzuki Swift s’autoproclame « sexy », les éléments différenciants sont désormais fonctionnels. La Twingo 2 enregistre le déplacement des attentes : elle ne tente pas de se distinguer par son charme, mais par ses caractéristiques pratiques. Plus sûre, plus polyvalente, plus cossue, à un prix contenu, la Twingo 2 constitue une amélioration incrémentale qui répond à la demande du marché en 2007.
   Un mot de fin : qu’on ne s’y trompe pas, tout mythe est fondateur et non reproductible : si le successeur d’un produit mythique est un autre produit mythique, alors c’est un nouveau mythe, différent du premier. Peut-être y aura-t-il une nouvelle Twingo, un nouveau mythe qu’on comparera, par son impact et la sympathie qu’il suscitera, à Twingo 1.
   Twingo 2 ne sera assurément pas un mythe, mais cela n’altère pas mécaniquement ses chances de réussite.


L'Équipe Automobile de Sorgem
Contact : François Erner | Tel. 01 40 67 20 00 | Email : f.erner@sorgemint.com


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